Anne FAKHOURI : Le Clairvoyage

 Tous les matins, Clara se réveillait avec un mot en tête. La plupart du temps, ce mot faisait partie des événements rassurants et quotidiens qui allaient immanquablement se dérouler, tels que «contrôle», «chocolat» ou «gymnastique». Parfois, lorsqu’un cauchemar était venu la troubler au petit jour, le mot tentait une nouvelle fois de la dévorer et se transformait en monstre, donjon, fossé, noyade ou zéro.
Le matin où ses parents partirent en voiture pour rendre visite à leur vieille tante, Clara fut réveillée par le mot «corbeau». Elle resta un moment assise dans son lit à essayer de se rappeler quel cauchemar avait pu engendrer un corbeau virevoltant dans son esprit ensommeillé.
Il n’y avait pas eu de cauchemar. Il n’y avait même pas eu de rêve qui valût la peine de passer dans le monde réel. Elle fit disparaître promptement le corbeau qui croassait dans son mercredi matin et se leva.
En cherchant ses chaussons au pied du lit, elle se souvint de l’histoire que sa grand-tante Coucou lui contait souvent et dans laquelle l’oiseau noir servait d’émissaire à la mort.

L’auteur

Anne Fakhouri a huit ans quand elle découvre le désert, Lewis Carroll et le roi Arthur. Son bac en poche, elle se destine à des études de lettres qu’elle oriente vers le mythe arthurien, participe à la création d’Actusf, un site de chroniques sur les littératures de l’imaginaire, et écrit. Aujourd’hui, mariée, une fille, elle vit à Paris. Le clairvoyage est son premier roman.

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