Concours d’écriture : Les lauréats du Lycée Marie Laurencin – Suite

Les élèves des classes de seconde de Marie Laurencin ont participé en grand nombre au concours d’écriture qui leur était proposé.

Le thème en était une dissertation libre à partir de ce que leur inspirait un tableau, à choisir parmi plusieurs oeuvres sélectionnées par leurs enseignants de français.

Ceux-ci ont pré-selectionné et transmis 18 copies au Jury de la ville qui après délibération a prononcé le palmares suivant :      

1er Prix : Noémie CHARDON, pour un texte écrit à partir de « La    lectrice » de MARGRITTE.

2ème Prix : Léa PUECH, pour un texte écrit d’après « Le livre volant » de Jérôme BAILLY.

3ème Prix : Julie RIJO, pour un texte écrit à partir de « La lectrice » de MARGRITTE.

Premier prix 

Un journal insolite

Par Noémie CHARDON  

            Paris, rue de Funeste. Sasha Belsey passa la porte de l’hôtel du Destin et se dirigea vers la réception. Après un court dialogue à l’accueil, munie de sa clé de chambre elle prit l’ascenseur.

            Elle trouva derrière une porte grinçante une chambrette qui lui convenait. Assise sur le lit elle inspecta la pièce. Sasha devrait se contenter de ce logement jusqu’à ce qu’elle trouve un appartement convenable assez proche de son université. Alors que la jeune femme s’apprêtait à ranger ses livres dans la table de nuit, elle fut incapable d’en ouvrir le tiroir. Elle insista un moment mais le meuble ne voulait rien entendre, et décida donc qu’elle se contenterait de poser ses ouvrages dessus pour cette nuit sachant qu’il était déjà tard.

            Après son réveil aux aurores, tandis qu’elle s’habillait, son regard retomba sur cette fameuse table de nuit dont le tiroir lui résistait. Il lui restait un quart d’heure avant de partir, aussi décida-t-elle de s’atteler à l’ouverture de celui-ci. Finalement, ce n’est que sous l’assaut  de son couteau suisse que le casier céda.

            Elle découvrit à l’intérieur un carnet usagé qui paraissait être là depuis un temps considérable. Une couche de poussière s’éleva alors que la jeune femme l’extrayait de la boîte. Elle resta hypnotisée de longues secondes par le cuir noir de la couverture. Levant les yeux vers la pendule, Sasha sursauta presque s’apercevant qu’elle avait largement dépassé son quart d’heure pendant cette contemplation inconsciente. Elle glissa vivement sa trouvaille dans son sac et sortit rapidement de la chambre.

            Posée sur un strapontin de métro, Sasha sortit son nouveau journal, regarda encore quelques instants la couverture puis se décida à l’ouvrir. La première page était totalement vierge, la seconde était tout aussi blanche se ce n’est un nom écrit tout petit en bas de la feuille. La jeune fille eu un sursaut en le lisant : Edward Belsey. Ce ne pouvait être qu’une coïncidence ! Elle était fort surprise de découvrir son propre patronyme dans cet objet trouvé au hasard. Feuilletant les pages suivantes, sa stupeur ne fit que croître. Elle déchiffra des phrases à la résonnance étrange tracées d’une petite écriture fine. A chaque page apparaissait un nom, suivi d’un lieu, d’une date et d’un texte racontant son histoire. La jeune fille fut, cette fois-ci, horrifiée par sa lecture.

            Ces textes décrivaient des assassinats dans les plus terribles et effroyables détails.

            Elle continua de feuilleter le journal. Tous les feuillets relataient les mêmes atrocités. Le premier texte expliquait le crime d’une certaine Chloé Payne, commis rue Bisconet le vingt-sept octobre 1971. Cette date confirmait à Sasha l’ancienneté du cahier. Instinctivement, elle devina que le fameux nom en bas de la seconde page était probablement celui du meurtrier. Le compte rendu de cet homme était effrayant. Sa froideur transpirait à chaque ligne, comme s’il ne ressentait aucune émotion en commettant ces crimes.

            Ce que terrifia véritablement Sasha c’était la fascination qu’exerçait le texte sur elle. Bien que révoltée par sa propre réaction, elle ne pouvait s’en détacher.

            Toute la journée, trop obsédée par sa découverte déconcertante, elle ne fut guère attentive en cours. Et surtout, elle restait convaincue que son envie de poursuivre la lecture était anormale.

            Toute la semaine, Sasha, passionnée, dévora chaque récit un par un allant même jusqu’à relire ceux qui la captivaient le plus. Cette lecture était presque devenue un besoin. Secrètement caché de tous dans son sac, le précieux objet l’accompagnait partout.

            Une semaine plus tard, il ne lui restait que trois pages inédites. Elle dévora les deux premières. En revanche, elle resta le regard cloué sur le dernier feuillet du journal.

            Le nom écrit n’était autre que le sien, Sasha Belsey.

            « Mon dieu… » se dit elle. « Est-ce vraiment de moi qu’il s’agit ? » Le fait que l’auteur de ces crimes soit lui aussi nommé Belsey, était-ce aussi une coïncidence ? Oui. Sinon quoi ? Et puis, ce cahier paraissait tellement vieux ! Le criminel lui-même devait être mort. Elle déglutit en lisant la date : le vingt-six novembre 2010 à vingt-deux heures cinquante-deux. Dans trois jours. Même persuadée que le tueur était surement mort, Sasha sentit tout de même ses tripes se serrer. Le lieu était lui aussi indiqué : le Pont Marie. Ce n’était pas loin, juste à quelques minutes de son hôtel.

            La jeune fille passa deux nuits horribles. Ses courts moments de sommeil étaient constamment parsemés de visions sinistres et de hurlements. Cependant malgré ces cauchemars, elle restait dévorée de curiosité. Etait-ce réellement elle qui était destinée à mourir dans seulement quelques heures ? Elle voulait savoir, plus que tout et cette curiosité pris le dessus sur sa peur…

            Le fameux jour arriva. Après avoir longuement réfléchi, elle avait décidée de se rendre à l’endroit indiqué par le cahier. Il fallait qu’elle en ait le cœur net.

            Elle rejoignit le Pont Marie en quinze minutes et se cacha comme elle put. Les quelques minutes d’attente ne firent que décupler son angoisse. L’heure approchait, plus que quelques secondes. Si dans une minute elle n’était pas morte, alors c’était surement l’assassin qui l’était. Elle regarda autour d’elle, scruta l’horizon le cœur battant, mais ne vit personne. Seuls les lampadaires l’éclairaient. Les dix dernières secondes s’écoulèrent…

            Sasha se releva et inspecta de nouveau le alentours durant un moment. Toujours personne. A croire que personne ne venait ici la nuit. Soudain, un bruit derrière elle… Terrifiée, elle se retourna vivement, mais n’en eut pas le temps. Trois tirs avaient résonné, et trois balles s’étaient logées dans sa poitrine…

            Emportée par l’impact, elle tomba en arrière. Pendant sa chute, bizarrement un seul détail lui vint à l’esprit : sa montre mal réglée. Dans un dernier souffle de vie, elle aperçut, un visage, complètement impassible, sans émotion, marqué de cette tâche de naissance à l’extrémité du sourcil, caractéristique de sa famille…

 

Deuxième prix

Léa PUECH

« Le coeur des hommes est une bibliothèque où s’alignent les romans tragiques, les idylles, les livres gais et aussi quelques livres légers : une bibliothèque rangée sans ordre apparent, mais complète.

                                                                                                                      Henri Duvernois 

La frontière entre le réel et l’imaginaire est souvent mince dans un livre. Il y a des romans qui nous transportent dans un monde qu’on n’aurait jamais pu supposer. Un monde fascinant, merveilleux, fabuleux. Ils nous plongent dans une euphorie sans nom. Ils nous font louvoyer, sans que nous nous en apercevions. Nous sommes comme embarqués dans un voyage fantastique à travers le ciel, à l’intérieur même du livre, comme dans un rêve. Cette sensation est très plaisante. On croit en chaque personnage, comme si nous les connaissions, ils nous ressemblent, on s’identifie à eux sans aucun problème. Ces histoires nous plaisent. Elles nous surprennent parfois, elles nous font peur, elles nous attristent, elles nous bouleversent, elles nous font rire, elles nous touchent au plus profond de nous même, elles nous tiennent en haleine pendant des heures ; il est alors impossible pour nous de refermer l’ouvrage. Comme soumis à chaque chapitre, à chaque page, à chaque mot. Nous sommes totalement dépendants de ces œuvres qui nous changeront, quoi qu’il arrive. Et pourtant rien de tout ça n’est vraiment réel. 

Les livres sont pour moi un exutoire. J’ai commencé réellement à lire à l’âge de 8 ans, j’étais en Ce2 et ma mère m’avait fait lire Cosette, des Misérables, de Victor Hugo. Cette fable m’avait vraiment frappée, elle m’avait troublée et intriguée. Après coup, j’ai dévoré presque tous les textes que j’ai eu entre les mains. Des pièces de théâtre à la poésie en passant par les romans policiers. De Maupassant à Levy. Du Diable s’habille en Prada à Ensemble c’est tout

Ce que j’apprécie surtout dans les livres, c’est leur odeur : le parfum du vieux papier, des pages poussiéreuses pleines d’histoires et de vécu ; c’est leur musique : le bruit que font les pages quand je les tourne. Je plonge dans les livres, je me sens revivre quand j’en tiens un entre mes mains. Pour moi, lire un livre c’est avant tout ressentir une épreuve, une épopée, des frissons. Je lis : le soir avant de m’endormir, et pendant mes insomnies. Je prends mon livre dans les salles d’attente, dans les transports en commun, sur la plage, étendue sur ma serviette et même parfois dans un bain chaud. 

Parfois je me laisse aller à rêver que je suis l’héroïne de tel ou tel roman. Je rêve d’aventures, qu’il y ait un peu de magie dans ma vie. La lecture est une forme d’échappatoire. Quand on lit, on espère intérieurement échapper à la réalité qui nous entoure. Si j’avais été une héroïne de roman, je serais, Billie de La fille de papier de Guillaume Musso. Comme elle, je voudrais être une fille qui ne passe par quatre chemins pour dire ou faire ce qu’elle veut. Etre franche, directe, intrigante et intimidante.

 Une fois, j’ai essayé de tenir un journal, comme Anne Frank, mais je me suis lassée de raconter ma vie. Je préfère m’inventer une existence chimérique et fictive, selon moi plus captivante que la vie réelle. Quelquefois, plutôt que de laisser les histoires qui fourmillent en moi, comme ça, dans ma tête, je décide de les griffonner sur un papier ou de les retranscrire sur mon ordinateur. je commence à rédiger une bribe d’histoire issue d’un de mes rêves, inspirés par un film ou de faits vécus. Ces histoires n’ont jamais rien donné de bien à mon goût, ce sont de courtes nouvelles sans grand intérêt. Mais elles permettent de m’évader, de résoudre un conflit intérieur ou une joie que je ne saurai exprimer de vive voix et je suis contente d’avoir essayé.

 

Troisième prix

Julie RIJO

Elle a toujours aimé lire. Depuis son enfance, elle dévore tous les livres qu’elle peut, des policiers, des pièces de théâtre, les classiques du romantisme… Son père possédait une bibliothèque dans la maison familiale. Elle s’y réfugiait dès que possible. 

            Aujourd’hui, en 1928, elle est étudiante en art et aime toujours autant lire. Elle se rend régulièrement à la librairie en face de l’immeuble où se situe sa chambre d’étudiante. Le libraire la connaît maintenant bien et lui conseille souvent des lectures qu’il a appréciées. Un jour, alors qu’elle était plongée dans un recueil de poèmes de Victor Hugo, il l’interpelle et lui propose un livre politique qu’il a fortement apprécié. Elle l’ouvre et le feuillette rapidement. Quelques mots l’interpelle : « races inférieures », « propagande », « soumission ». Elle s’arrête bouche bée sur une de ces pages et lit plus attentivement. Elle ne bouge plus, adossée au mur de la librairie, la bouche grande ouverte comme hypnotisée par les phrases de cette page. Elle demeure muette, choquée par cette atrocité. Elle referme le livre brusquement et son œil est attiré par le nom de l’auteur qui lui rappelle quelqu’un. Elle s’écrie : « mais c’était un de mes camarades de classe ! ». Elle veut connaître les idées de son ancien camarade de classe et achète donc le livre. 

            A peine rentrée dans sa chambre d’étudiante, elle s’allonge sur son lit et commence à lire le livre. L’auteur détaille ses projets, ses idées, ses opinions, sa vision sur le monde futur, comment rendre un pays fort politiquement. Elle découvre au fur et à mesure de sa lecture qu’il aimerait prendre le pouvoir. Pour ensuite conquérir de nouveaux territoires, former un pays puissant et des hommes forts et dévoués au combat. Comment va-t-il gagner du territoire? pense soudain la jeune femme. Va-t-il déclarer la guerre à de nombreux pays pour ensuite les envahir ? et la population dans tout ça ? cria-t-elle affolée. Elle lit : « J’aimerai obtenir un peuple pur composé de la race supérieure, pour cela, il faut déporter les races inférieures ». De multiples questions lui traversent l’esprit : va-t-il les exterminer ? va-t-il les emmener dans des camps ? comment vont-ils se nourrir ? et comment vont-ils être emmenés ? va-t-il manipuler la population et leur mentir ? où va-t-il les transférer ? vont-ils survivre à cette terreur ? Elle va ensuite comprendre que ce qu’elle vient de lire pourrait arriver un jour. Elle relit et relit sans cesse cette phrase, elle n’arrive pas à penser à autre chose. Elle ne sait pas quoi faire. Va-t-elle en parler avec sa famille, ses amis ? 

            Le livre est d’A.H. et la jeune femme est juive.

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