Concours d’écriture : Les lauréats du lycée Marie Laurencin

Pour les élèves de Première, dissertation en toute liberté, l’inspiration étant fournie par une affiche mettant en valeur la lecture.

Deux copies ont été distinguées, et primées : celle de Marie LEGER et celle d’Ophélie BOUCHAKOUR.

 

 

Texte écrit par Marie LEGER

« Au commencement de ma vie, je pleurais par besoin, par envie, par caprice, sans toujours être comprise. Mes premiers mots me permirent de désigner celle que je nommais déjà dans mon coeur :

                                                           Maman 

Ses histoires, écoutées avec délice me transformaient tour à tour en princesse, en héroïne courageuse, en aventurière ignorant la peur. J’échappais au loup féroce, je nageais sans oxygène dans un océan peuplé d’êtres amicaux… Je vivais chaque soir une aventure extraordinaire grâce à la magie des contes dont elle me régalait. Sa présence et sa voix rassurante me rendaient invincible.

J’avais six ans quand je réussis enfin à déchiffrer seule toutes ces mystérieuses combinaisons de lettres, maintenant j’allais comprendre, tout comprendre ! Je voulais savoir le nom des arbres, énumérer les rues de mon quartier, murmurer des poèmes à ma petite sœur, tout prenait soudain un sens et tout me fascinait, car les livres ont un pouvoir d’ouverture aussi bien du monde que de l’esprit qui tient presque de la magie.

                                                           J’ai seize ans.

Les livres m’ont accompagnée à chaque étape de mon enfance, puis de mon adolescence. Ils m’ont aidé à grandir et aucun moteur de recherche, aucun loisir, n’a su m’apporter cette sensation si douce d’évasion et de détachement. Je m’enrichis à chaque ouvrage découvert, je tremble à l’idée d’un dénouement tragique, j’entre dans le cercle intime des personnages, je m’identifie, je prends position, je vis l’histoire.

Chaque dernière page tournée me plonge dans une douce mélancolie : Comment ? Déjà ? J’avais intégré une vie, une époque, une enquête, et m’en voilà exclue par un point final ? Cette petite douleur me signifie d’aller explorer d’autres univers, mille auteurs patientent et les mots se tiennent droits sur le papier en attendant de sentir un regard posé sur eux.

                                                           J’aurai 30 ans

J’espère moi aussi endormir mon enfant en le berçant de mots, d’aventures merveilleuses. Je veux qu’il rêve d’abord, il aura peur plus tard.

Je changerai ma voix, je deviendrai ours, sorcière tsarine, oiseau et son plaisir, je le souhaite, suscitera chez lui l’envie d’être un peu seul avec l’histoire, de la savourer à son rythme, un jour, sans moi…

                                                           J’aurai 80 ans

Je n’ai bien sûr aucune certitude si ce n’est celle d’avoir toujours les mots comme fidèles compagnons. Ils m’aideront à supporter le poids des années, toutes les peines qui ponctuent une vie et me permettront encore de grandes et belles envolées.

Il m’arrive d’oublier que ce roman là, je l’ai déjà lu l’année dernière, ma mémoire est parfois défaillante… J’essaie de faire abstraction de ce paramètre pour ne garder le plaisir de la redécouverte, encore et encore !

Lire, ce n’est pas gommer le réel mais juste s’en évader parfois.

 

Texte écrit par Ophélie BOUCHAKOUR 

Simplement te lire 

            « Je me souviens de la première fois que je t’ai vu tu étais là debout, parmi tous les autres, mais je ne voyais que toi. Je désirais te connaître, j’étais si jeune, innocente, je suis allée vers toi, et j’ai essayé d’attirer ton attention, mais je voyais en toi tellement de signes si compliqués, impossibles à comprendre. Toute cette fascination que tu exerçais sur moi, m’obligeait à te regarder avec une admiration grandissante. Tu avais cette prestance qui accrochait n’importe quel regard. Tu avais quelque chose en plus, je ne sais pas ce qui m’a touché chez toi, mais dès le premier coup  d’œil, j’étais troublée par ta présence sans en connaître la raison. Petit à petit, je commençais à me rapprocher de toi, je sentais cette indifférence de moins en moins présente, et enfin, je compris. Je compris mon erreur lorsque j’ai parlé de toi à ma mère, et qu’elle ma répondu si simplement avec ce sourire et cette douceur qu’elle avait dans la voix lorsqu’elle m’apprenait la vie : « Il suffit de le lire mon ange ». Te lire. Voilà la solution. C’est à ce moment que j’en déduisis que te parler ne suffirait pas.

            Lire. C’était un bien grand mot pour moi du haut de mes huit ans. Mais je voulais te comprendre, et j’ai réussi ! Ce fut long mais j’y suis parvenue, du moins en partie, car j’apprends encore, tu es tellement imprévisible ! J’ai grandi avec toi, tu m’as fait vivre des choses extraordinaires, tu m’as fait découvrir la joie, la crainte, la tristesse, la passion. A travers toi j’ai exploré le réel comme l’imaginaire, l’utopie comme le chaos, la pluie et le soleil. Je me suis épanouie à tes cotés, ta présence me suffit. En toi j’ai rencontré un ami, un frère, l’amour. Tu m’as appris les mots, ces mots que l’on chuchote pour égailler les cœurs, tu m’as permis de m’évader. 

            Lorsque je te regarde, et que tu me prends dans tes bras, je me retrouve ailleurs, dans un autre monde, une autre époque. Et c’est à cet instant que les paroles de ma mère prirent tout leur sens. Lire, m’imprégner de ton histoire, ces émotions que tu exprimes en quelques mots, quelques lignes Enfin de compte, ce n’était pas si compliqué. 

            Toi, le livre, tu fus mon premier amour, un amour impérissable tout droit tiré de mon imagination. »

 

Ce contenu a été publié dans Info salon du livre, Info salon du livre 2010. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *